Mougins en Danse

L'art d'enseigner

L'enseignement n'est pas qu'un métier: C'est un art de vivre; et celui qui le pratique se doit d'être dans le don, authentique et passionné. Le pédagogue ne peut ni mentir, ni se mentir car l'autre est le miroir de l'âme... Le rôle d'un enseignant se développe autour de 4 formes de savoir:

  • Le savoir faire en enseignant la technique de la discipline (maîtrise technique)
  • Le savoir en transmettant le vocabulaire de la danse (connaissances théoriques)
  • Le savoir devenir en menant le danseur à être autonome dans son art (éducation & accompagnement)
  • Le savoir être en communiquant le sens artistique et la poétique du geste (sensibilité, empathie & authenticité)

LES 4 FORMES DE SAVOIR:

1.Le savoir comme socle de base

Lorsque l'on parle du savoir, on généralise toutes ses formes en un tronc commun qui en réalité donne naissance à plusieurs ramifications que sont le savoir-faire, le savoir-être et le savoir devenir. Le savoir inclut toutes ces définitions car il est "l'ensemble des connaissances d'une personne ou d'une collectivité acquise par l'étude, l'observation, l'apprentissage et/ou l'expérience". On parle donc ici de savoir en terme de connaissances, de compétences, de capacités et d'expériences; mais au même titre qu'il existe diverses formes d'intelligence (Cf. Howard Gardner), il existe plusieurs formes de savoirs que nous allons voir à présent. 

2.Le Savoir-faire

Le savoir faire renvoie à la maîtrise de techniques indispensables à la pratique d’un métier ou d’un art. Mais nous retrouvons ce savoir-faire dans notre vie privée et nos actions du quotidien comme cuisiner ou repasser..! 
Dans la pratique de la danse, cette forme de savoir correspond donc à l'exécution d'un mouvement. En tant que pédagogue, nous devons savoir-faire les éléments techniques à enseigner et savoir comment les faire le plus minutieusement possible afin de donner à l'élève toutes les possibilités d'y parvenir. 
Le savoir faire n’est pas acquis pour toujours et nous devons sans cesse le réactualiser et le réadapter aux innovations de notre métier. C'est la raison pour laquelle un enseignant, au même titre que dans n'importe quel métier, doit poursuivre sa formation de manière continue sans jamais penser avoir atteint le sommet de la connaissance. Et si nous précisons ici une telle évidence, c'est parce que nombreux sont les pédagogues qui cessent de se former, de se remettre en question et de s'interroger sur les nouvelles techniques après quelques années d'enseignement. 

Cette tradition, au sens juridique du terme, d'un savoir ou d'un savoir-faire est, en même temps, la conséquence du savoir d'une tradition. On reste dans une perspective statique. L'homme est au fond, supposé immuable à l'intérieur de ses limites d'évolution et inférieur à celui qui le forme, ou à ceux qui vont le former. C'est toujours l'homme d'un espace/temps platonicien où la vérité gît, au delà des apparences, érigée en archétypes éternels" - Jacques Ardoino

3.Le Savoir-être

Le savoir-être quant à lui renvoie à la personnalité d'un individu, à sa manière de faire les choses, de se comporter et à sa qualité relationnelle envers autrui et son environnement. 
En tant que pédagogue, la relation que l'on établit avec nos élèves doit être basée sur l'authenticité. Il faut veiller à ne pas materner les enfants sans pour autant tomber dans l'extrême rigueur en imposant trop de distance avec l'élève. Il doit naître une réelle interaction entre l'apprenant et l'enseignant et c'est en étant soi-même et dans le don qu'une relation pourra être authentique et spontanée. Il faut trouver un équilibre sur différents plans: L'autorité, la sympathie, l'altruisme, l'exigence etc... 
Mais en tant qu'enseignant, au-delà d'une transmission technique, nous devons apprendre à l'élève à savoir-être et à se révéler en tant que jeune artiste. Mis à part le comportement de l'élève dans le cours, de la relation qu'il entretient avec les autres et de son investissement dans la danse, c'est un savoir-être avec lui-même qui se travaille ici. Il doit apprendre à se connaître et à jouer avec ses émotions afin de les exprimer à travers le geste. Tout comme pour le pédagogue, l'élève danseur doit lui aussi être authentique, généreux et passionné par son art en le partageant. 

"(...) ce seront moins des contenus de savoir, ou des compétences techniques, qui vont influer sur notre relation au monde (et à autrui), pour un vécu plus autonome de la condition humaine, que l'évolution profonde de nos formes de pensée, encore largement hypothéquées par les modèles dominants de la raison héritée” (...) Au "savoir" et au "savoir-faire" obéissant plutôt à une logique de l'information privilégiant la fidélité par rapport à la transmission des contenus vient s'ajouter le développement, possible en chacun d'un "savoir être", légitimant avec la communication, en fonction de l'appropriation nécessaire des effets des échanges relationnels, l'altération et l'infidélité, voire la trahison" - Jacques Ardoino

4.Le Savoir - devenir

Le savoir devenir intègre plusieurs dimensions: le savoir, savoir-faire, le savoir-être et au-delà une aptitude au changement et à l’innovation. Notre rôle en tant que pédagogue est de mener l'enfant vers l'autonomie et l'ouvrir à la nouveauté, que ce soit sur le plan technique ou artistique. Cette forme de savoir dépasse l’utilité immédiate de l'action, sans pour cela être une fuite vers l’avenir: Le danseur est à la fois dans l'éphémère artistique du geste dansé car ce qu'il fait efface le mouvement qu'il vient d'offrir; mais il se doit aussi d'être dans une optique constructiviste tournée vers l'avenir: Chaque moment de danse renforce sa technicité et développe son sens artistique en vue d'une amélioration et lui apprend à construire un projet futur (celui d'être danseur ou meilleur danseur) avec la fugacité du moment présent. Il permet de se relier à un projet capable de donner un sens à la fois au présent et à l’avenir. Le savoir devenir invite à d’autres responsabilités, à vivre les paradoxes de la vie, à se mobiliser sur l’ambition, l’espoir et l’avenir. 

"D'une part, ce ne sont plus seulement des rapports au savoir, ou la tradition de savoir-faire, permettant une transmission et une acquisition de compétences à prédominance cognitive qui s'y développent, mais, avec la prise en compte de processus plus explicitement temporels, relationnels, intersubjectifs d'appropriation, de perlaboration et de maturation, impliquant l'affectivité et le registre libidinal, ce sont, tout autant, l'élaboration d'un savoir être (et devenir), la conquête d'une autonomie et de la capacité correspondante de s'autoriser qui vont s'effectuer au cour de telles démarches (la perspective d'un homo sapiens vient ainsi s'ajouter à celle de l'homo faber) ; d'autre part, tout en conservant leur hétérogénéité pratiquement conflictuelle, sinon logiquement contradictoire (dialogique), le dressage social, l'acculturation et le développement personnel gardent parties liées" - Jacques Ardoino 

"La vie perd son sens quand elle cesse d’être une force en action dans le temps, y progressant constamment par la création du neuf; faute de quoi elle s’enclôt dans des formes fixes et y dépérit" - René Huygues


L'AUTONOMIE & L’AUTHENTICITÉ

D'après l'ouvrage d'Irit Slomka-Saguy: "L'Hébreu, miroir de l'être"
=> Indépendance
=> Os, Quintessence, Essence
=> Force, Puissance
=> Authentique, de soi

L'autonomie résulte de la succession d'étapes de parcours. On ne peut pas être autonome sans être construit et symboliquement, l'os symbolise cette construction. Il en est la charpente, et la colonne vertébrale donne au corps sa rigidité et sa puissance. Nos forces intérieures dépendent de cette charpente affective que nous avons construite et qui s'est bâtie comme l'os: Au fur et à mesure que nous avons grandi, contrairement à notre personnalité qui elle continue de s'édifier toute notre vie (celle-ci renvoie à notre musculature profonde qui donne l’émotion du mouvement). 
Chaque édifice/étape nous apporte plus d'indépendance et de puissance personnelle. La source de notre force est justement notre authenticité: La véritable source n’est pas d’être ce que l’on voudrait être mais d’avoir la force de devenir ce que l’on est. Notre personnalité s’affirme et s’affermit à mesure que nous osons être nous-mêmes, à mesure que nous assumons dans la transparence notre authenticité (=> Potentialité corporelle, se confronter à soi-même, renforcer ses faiblesses pour en faire des atouts). 
Construire cette autonomie prend du temps et l'on devient indépendant progressivement. L'autonomie renvoie aussi symboliquement parlant à l'essence, c'est-à-dire à la nature profonde de Soi: L'autonomie entendue comme marche vers la liberté est inscrite dans notre essence, dans la nature humaine. 
Enfin, l'autonomie est le but de l'individualisation: Elle est l'essence et la source de notre puissance d'homme véritable, d'homme libre.